Dimanche 18 janvier 2009
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12- Cassé du bois. Dans la poussière du hangar. J'ai déniché une vieille hâche au tranchant large comme une raie, son brun clair brouillé par la rouille. Il y avait des rondins de tout acabit,
accumulés ici bien avant que je naisse. Les arbres dont ils venaient pour les plus anciens avaient germés sous Louis XV, avant peut-être.
Je cogne et ne perds pas une seconde de mon bonheur. Parfois, ma cognée dérape sur les fibres des ormes, tendues comme des lames d'acier, des cordes de piano. A l'arraché, le bois cède et un noeud gicle comme un oeil contre le ventre d'une cuve qui dort là depuis cent ans. Les troncs de chênes sont francs et nets. Leur chair, blanche ou sombre, parfois tâchée de grains de son, cède d'un coup, ouverte comme une paire de mains et dégage une ôdeur violente. C'est pire encore avec les rondins de pommier. Pourri, leur coeur est une poignée d'étoupe, en grappe comme du lait de poisson, sous le manchon solide d'écorce bleue. Ou bien, gorgé d'eau encore, il explose et répand son parfum acide. On fait une pose pour respirer à fond ce parfum de pommes sûres. Les troncs de cerisier ont déjà perdu leur pelure mince qui danse en volutes et se fendent sans opposer de résistance. Leus bûches sont teintées d'un beau rose mat avec des nuances d'abricot ou de mangue. J'ai gardé les frênes pour la fin, sans risque. On réussit à tous les coups à tailler dans leurs membres encore souples. Ils offrent leur blancheur tendre de filles du Nord.
On quitte le hangar, étourdi de senteurs exotiques, tous les sens réveillés, plus vif, sentimental comme un marin.
Je cogne et ne perds pas une seconde de mon bonheur. Parfois, ma cognée dérape sur les fibres des ormes, tendues comme des lames d'acier, des cordes de piano. A l'arraché, le bois cède et un noeud gicle comme un oeil contre le ventre d'une cuve qui dort là depuis cent ans. Les troncs de chênes sont francs et nets. Leur chair, blanche ou sombre, parfois tâchée de grains de son, cède d'un coup, ouverte comme une paire de mains et dégage une ôdeur violente. C'est pire encore avec les rondins de pommier. Pourri, leur coeur est une poignée d'étoupe, en grappe comme du lait de poisson, sous le manchon solide d'écorce bleue. Ou bien, gorgé d'eau encore, il explose et répand son parfum acide. On fait une pose pour respirer à fond ce parfum de pommes sûres. Les troncs de cerisier ont déjà perdu leur pelure mince qui danse en volutes et se fendent sans opposer de résistance. Leus bûches sont teintées d'un beau rose mat avec des nuances d'abricot ou de mangue. J'ai gardé les frênes pour la fin, sans risque. On réussit à tous les coups à tailler dans leurs membres encore souples. Ils offrent leur blancheur tendre de filles du Nord.
On quitte le hangar, étourdi de senteurs exotiques, tous les sens réveillés, plus vif, sentimental comme un marin.
Par antoine henri-fournier
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Communauté : Comme Shéhérazade...
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