Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /Jan /2009 08:59
Halte du nomade devenu sédentaire. Campé sur ma butte, je m'essaie à une patience de roche. Ici, les gens disent selon la coutume:"malheureux comme les pierres". Habit, habitat, habitude, difficile de se glisser dans un autre quotidien. Fétu de paille au fil de l'eau, résistance faible, je persiste seulement.

Devant ma boîte aux lettres, comme un enfant attend un regard qui acquiesce, idiot.. A coté, le temps, bourdonnement d'abeilles dans le téléphone, grésillement de l'ordinateur, souffle des spères qui vont.
Ô poussière, Ô. 
Par antoine henri-fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 21:46
16 - (intérieur nuit).

Des murs, ceux de Piranèse ou d'Angkor, tombaient dans la poussière. Mouvement au ralenti, des blocs et des figures éclairées par la lumière, puis ensuite brouillant la lumière, la bouchant comme une fumée. Arbres et racines, les feuilles même, coriaces, résistaient. Catastrophe, sursaut au coeur, la joie presque. Big bang dans la civilisation, un monde effondré et rajeuni.


17- (Intérieur nuit).

Je m'adonne au sommeil comme à un alcool profond. De belles tentatrices viennent puis s'éclipsent. La semaine dernière,une nuisette couleur de crépuscule moulait un buste parfait. Hier, la tête en feu. Une sirène murmurait des poèmes alexandrins à mon oreille, qui implorait grâce.

Les jambes à mon cou, je passe mes jours à les fuir. Tranquille, presqu'immobile, mais en fuite. Comme l'autre qui fait un long détour s'il voit une fontaine ou une femme. Qui fait un long détour et puis ferme les yeux. Exactement.
Par antoine henri-fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 15:40
14 - Noyé sous les jupons et sa robe-blouse rose-violet, le derrière pointu de la Jeanne oscille, balotte au gré du mouvement de son piochon. "Elle n'est pas épaisse" comme ils disent au village. Qu'arrache-t-elle la vieille, pour ses lapins ? Des topinambours ? Non, il faudrait une pioche, un coup plus large et plus vif, l'élan pris bien au-dessus de sa tête. Des pissenlits, à la faveur du redoux ? Non, un couteau suffirait, avec un geste de rotation du poignet. Ce doit donc être des raves. Comme elle ne peut plus se baisser et "n'a plus de force dans les mains", elle a pris un piochon, plutôt que de les arracher à la main. Dans cette position, elle achêve de se ruiner le dos.

Sous le rythme des coups de piochon, les pans de la robe flottent de chaque côté de ses hanches avec une certaine grâce. Ainsi fagottée à sa guise, elle porte à sa manière le témoignage du demi-deuil permanent des vielles d'autrefois. Il faudrait faire l'inventaire des espèces en voie de disparition. 



15- Comme un seau du fond du puits, les souvenirs remontent. Et parfois me rafraîchissent. Le temps fait son travail d'huitre perlière, nacre sur nacre, autour d'un grain de sable.

C'est étrange ce qui reste des Villes où j'ai passé quinze ans. La Jeanne a mis le film en branle. Et, pour plus de mille fois, l'image entêtée d'une petite vieille que je croisait il y a dix ans, du côté de la ligne de la petite ceinture. Elle allait chercher son pain, par tous les temps. Dans la petite boulangerie, elle piétinait sur place. Sur le seuil ou dans la rue, si elle rencontrait une connaissance, elle engeait la conversation et continuait son manège, ses pieds posés bien à plat et battant la cadence, "piatte, piatte" comme ils disent ici. Toute menue dans son tablier bleu, son visage plissé de petites rides d'une finesse d'argile, elle souriait puis riait avec un son clair, comme d'une petite fille."Il ne pas que je m'arrête, gloussait-elle, laissez-moi faire. Si je m'arrête, je ne peux plus repartir". Elle marchait sans canne.

 Il y a sans doute longtemps qu'elle est partie. Mais, je l'ai croisée toute ma vie, avant même que je la rencontre et dans plusieurs pays du monde. Dans mes songes diurnes, je veux la savoir faisant  "piatte piatte" sur les nuages.
Par antoine henri-fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 13:40
13- C'est couru, cela n'aura pas de fin.

La question: quand abattre ses cartes, enlever le masque ? Comme toujours, j'hésite, tergiverse. Tous les matins, je me grime, manoeuvre pour mettre de la distance. Je fais ce que je n'aime pas et réprouve. Mais, je n'ai pas d'alternative. Comment faire autrement quand ils sont à mes portes, au moindre geste, prêts à me lyncher, pour un mot ?

Pauvre fou, il n'y a personne. Bien trop pris ailleurs.

J'ai enfariné le bas de nylon. A distance, quand je vaque à mes occupations, cela peut donner le change. Blanc comme un pierrot. Mon dieu, je me tiens les côtes de rire. Quelle farce, un peu grossière, c'est cela qui me fait souci. Il faudrait plus d'élégance, crénom ! Mais ce serait leur faire trop d'honneur ou bien les offenser. Il faut quelquechose de clair, direct, précis, moderne.

Ce qui est bien, c'est le téléphone, internet, les sms. Ca sonne, ça clippe, ça zippe. Et vous restez au sec dans votre bulle. Plus de distance, leur voix est dans votre oreille, tout près, leurs mots arrivent en une fraction de seconde. Ca ronronne, fanfaronne, bourdonne, solisonne. Plus de distance, je les tiens à distance. Je récuse toute avance, décline la moindre invitation. Pas de souci, je vais bien, allô, mais ne suis en mesure de vous recevoir , avec mes plus .... taratata. Ca blogue, ca gogue, ça google en gogette, ça gobe, ah, ah, ah ! Comme un lys blanc.
 Mon corps préservé, pur de toute promiscuité, une belle momie, ou, comme dit mon griot, le corps sacré du roi. Sonnez, trompettes. Non, empaillé précoce.

Pourtant, ce serait un bon jour , presque l'heure, pour sortir du bois.
Je reprends mon souffle, puis, je m'élance, promis... 
Par antoine henri-fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 13:40
C'est couru, cela n'aura pas de fin.

La question: quand abattre ses cartes, enlever le masque ? Comme toujours, j'hésite, tergiverse. Tous les matins, je me grime, manoeuvre pour mettre de la distance. Je fais ce que je n'aime pas et réprouve. Mais, je n'ai pas d'alternative. Comment faire autrement quand ils sont à mes portes, au moindre geste, prêts à me lyncher, pour un mot ?

Pauvre fou, il n'y a personne. Bien trop pris ailleurs.

J'ai enfariné le bas de nylon. A distance, quand je vaque à mes occupations, cela peut donner le change. Blanc comme un pierrot. Mon dieu, je me tiens les côtes de rire. Quelle farce, un peu grossière, c'est cela qui me fait souci. Il faudrait plus d'élégance, crénom ! Mais ce serait leur faire trop d'honneur ou bien les offenser. Il faut quelquechose de clair, direct, précis, moderne.

Ce qui est bien, c'est le téléphone, internet, les sms. Ca sonne, ça clippe, ça zippe. Et vous restez au sec dans votre bulle. Plus de distance, leur voix est dans votre oreille, tout près, leurs mots arrivent en une fraction de seconde. Ca ronronne, fanfaronne, bourdonne, solisonne. Plus de distance, je les tiens à distance. Je récuse toute avance, décline la moindre invitation. Pas de souci, je vais bien, allô, mais ne suis en mesure de vous recevoir , avec mes plus .... taratata. Ca blogue, ca gogue, ça google en gogette, ça gobe, ah, ah, ah ! Comme un lys blanc.
 Mon corps préservé, pur de toute promiscuité, une belle momie, ou, comme dit mon griot, le corps sacré du roi. Sonnez, trompettes. Non, empaillé précoce.

Pourtant, ce serait un bon jour , presque l'heure, pour sortir du bois.
Je reprends mon souffle, puis, je m'élance, promis... 
Par antoine henri-fournier - Communauté : Comme Shéhérazade...
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus